Au pied du mur

Edito de la FGTE CFDT

Au pied du mur

A la suite d’un débat démocratique qui a vu une mobilisation exceptionnelle, la France s’est choisi un nouveau président, Nicolas Sarkozy.

Le vote a permis l’expression de catégories qui, dans le passé, ne votaient pas ou portaient leur suffrage sur des candidats protestataires. Un nouvel attrait politique est né, il ne faut pas qu’il retombe. Cela confère de lourdes responsabilités aux diverses forces politiques et sociales, et notamment au candidat qui a été élu.

La tentation existe, pour lui, d’utiliser la légitimité du vote démocratique pour passer en force en ignorant la démocratie sociale. Certains propos de ses directeurs de campagne le font craindre. Cela ne permettrait pas de répondre aux besoins qui se sont exprimés.

Sur des dossiers clés, la CFDT n’est pas d’accord avec les propositions du candidat :

- « Travailler plus pour gagner plus » , oui quand il s’agit de salariés à temps partiel imposé, sous contrat précaire ou au chômage … Mais c’est un leurre, s’il s’agit de faire croire aux salariés qu’ils pourront, eux-mêmes, déterminer leur temps de travail. Dans bien des cas, il s’agit plutôt de « faire payer les heures travaillées » qui sont, aujourd’hui, effectuées gratuitement pour les employeurs.

- « Une loi sur le service minimum » paraît répondre aux souhaits de nombreux usagers d’une garantie de service, mais elle exonère les employeurs de leurs responsabilités et va à l’encontre de la démarche négociée, dans les entreprises et les branches professionnelles, de dialogue social, de prévention des conflits et de service garanti avec les collectivités territoriales. Une loi réduirait à rien le travail engagé et qui donne des résultats.

- « Diminuer par deux le nombre des fonctionnaires », mais qui faut-il supprimer ? des enseignants ? des policiers ? des agents hospitaliers ? Peut-on réduire la fracture sociale en réduisant les services publics ?

- « L’immigration choisie, la lutte contre l’insécurité » : la politique initiée par l’ex-ministre de l’Intérieur, qui lie les deux, se heurte à l’état de droit. La France vient d’être condamnée par la Cour européenne des droits de l’homme pour le non-respect du droit d’asile. La Préfecture de Seine Saint-Denis, elle, a dû renoncer aux retraits de badges d’accès au lieu de travail, à l’aéroport de Roissy pour sept salariés qui avaient engagé une procédure contre cette mesure abusive.

Nos interlocuteurs patronaux, le Medef, accueillent « avec enthousiasme » la majorité recueillie par Nicolas Sarkozy. Nous continuerons notre travail de syndicalistes en construisant les rapports de force pour imposer les revendications des salariés, en particulier celles des plus faibles, de ceux qui subissent le plus directement les effets de la crise.

Après le 6 mai, nous sommes au pied du mur et c’est au pied du mur, qu’on voit le mieux … le mur (pour l’instant) !

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