Gare au service minimum !

Gare au service minimum fgte Magazine n°23

Jamais l'action des salariés du transport n'aura été autant diabolisée. L'action des routiers s'était heurtée fin 2002 à un déploiement de forces policières impressionnant, on a menacé les militants de suspension du permis de conduire. C'est maintenant au tour de ceux des services publics : le Gouvernement se prépare à légiférer sur le service minimum en cas de grève.

Recourir à la loi pour encadrer davantage le droit de grève dans les services publics, et notamment les transports, c'est la dernière trouvaille de l'équipe Chirac-Raffarin. On parle beaucoup de la SNCF et de la RATP, ou encore des enseignants. Mais ce serait une erreur de croire que seuls les salariés de ces entreprises ou les fonctionnaires sont concernés. Des services publics assurés par des salariés de droit privé, ce n'est pas rare dans les transports : transports urbains ou interurbains de voyageurs, transports scolaires, autoroutes, ambulanciers, marins...Derrière un faux procès et de fausses solutions, c'est une vraie entreprise de démolition qui se poursuit.

Les salariés de toutes ces entreprises sont soumis à des obligations particulières, comme un préavis de cinq jours pour une grève. Il devrait permettre de négocier, mais les directions des entreprises concernées préfèrent en général ignorer toutes les demandes syndicales et mesurer d'abord le taux de grévistes. Qui peut croire que des dispositifs "d'alarme sociale" amèneraient un quelconque progrès, si les représentants des personnels ne sont pas davantage écoutés ? Trop d'instances comme les comités d'entreprise ou les comités techniques paritaires sont considérés comme des chambres d'enregistrement. Trop d'accords signés ne sont pas respectés. À la SNCF par exemple, le bilan de l'accord "formation continue" montre que dans certains établissements les objectifs ne sont tenus qu'à 35 % ou 40 % faute de moyens. C'est donc d'abord en revitalisant le dialogue social, en contraignant les employeurs à modifier leurs pratiques, que l'on évitera des conflits. Car la grève dans les services publics est déjà réglementée, et nullement facilitée : pour les fonctionnaires par exemple, pas de débrayage de moins d'une journée possible (la retenue serait quand même d'une journée entière).

Les usagers ont évidemment besoin d'être informés sur les déplacements possibles et aussi sur les motifs de la grève. Ce n'est jamais par plaisir qu'on fait grève, dans les services publics comme ailleurs. Mais là où les problèmes de circulation sont les plus importants, un service réduit quel qu'il soit ne permettra jamais d'acheminer tous ceux qui le désirent dans des conditions de sécurité acceptables. Alors, ne soyons pas dupes. Une loi sur le service minimum serait destinée d'abord à freiner les capacités de résistance syndicale.

Quand on voit que le débat au Parlement sur l'accord "formation professionnelle", signé par toutes les organisations syndicales, remet en cause des dispositions négociées pendant plus d'un an, on ne peut qu'être inquiet de savoir jusqu'où iraient les députés sur un sujet comme le service minimum. Au petit jeu de l'exploitation de tous les mécontentements pour déboucher sur des restrictions du droit de grève, personne n'est à l'abri : le transport de fonds, de carburants, des déchets ont aussi un caractère vital. La FGTE n'entend pas rester inerte. Il y a des progrès à réaliser dans la prévention des conflits du travail, en amenant les employeurs à développer un dialogue social permanent. Mais pas question de renoncer à notre liberté d'action.

Joël LE COQ

Les usagers, un alibi

Il est bien évident qu'un conflit dans les transports risque de pénaliser les usagers et la vie économique, et que les organisations syndicales doivent en tenir compte. Mais comment éviter de recourir à la grève quand tout autre moyen de pression comme la circulation de trains gratuits, la "grève de la pince" des contrôleurs ou l'ouverture des péages d'autoroutes est sévèrement réprimé.

S'il s'agissait vraiment de prendre en compte le point de vue des usagers, pourquoi d'ailleurs se limiter au cas de la grève ? C'est de manière permanente que le niveau, les moyens, l'organisation et la qualité du service devraient être discutés avec eux. De tels dispositifs existent, comme les comités de ligne à la SNCF, mais ils sont loin d'être généralisés. Et si les services publics français fonctionnent bien dans l'ensemble, c'est sans doute en partie parce que les salariés des entreprises concernées se sont battus constamment pour obtenir les moyens nécessaires.

Les usagers en sont d'ailleurs conscients. Même dans les sondages d'opinion réalisés à chaud à l'occasion d'un conflit dans les transports, ils sont généralement une majorité à déclarer comprendre la grève et être prêts à en faire autant s'ils le pouvaient.