La traction en pleine mutation... ( Le Cheminot de France N° 4 Novembre 2005)

La traction en pleine mutation...

Le Cheminot de France n° 4 Novembre 2005

  Ne pas être défaitiste

La "Traction", et plus particulièrement les agents de conduite, est confrontée aujourd'hui à des défis qu'elle ne pensait pas avoir à relever, tant sa culture lui interdisait de l'imaginer.
Pourtant, la révolution dans le trafic ferroviaire a bel et bien commencé par la directive européenne 91-440. Elle a scellé l'avenir du transport ferroviaire. La concurrence allait être de mise, nous y sommes.
Ce ne sont pas les incantations répétées qui nous en ont protégé.
Les conducteurs sont confrontés à l'inimaginable : leur propre métier est soumis à la concurrence. Eux que l'on traite de "barons", de "seigneurs du rail" voient arriver avec effroi les conducteurs de trains du "privé".

Cette réalité est maintenant tangible

Après la formation de conducteurs CFTA (entreprise privée) par la SNCF à Rennes, c'est maintenant l'ouverture de centres de formations de conducteurs privés qui arrivent sur le marché.
Le débat ne porte pas sur la privatisation de l'entreprise SNCF, agitée comme un chiffon rouge pour faire peur et mobiliser et qui n'est pas d'actualité, mais sur la façon de combattre une concurrence qui se veut agressive.
Car concurrence il y a, il ne faut pas se le cacher.

Quels sont nos atouts ?

Les conducteurs portent avec eux une solide réputation de techniciens exerçant un métier de grande qualification assurant un service d'un très haut niveau de sécurité.
Ce sont sur ces bases que les arrêtés dits "d'aptitude" ont été bâtis. Il en va de même pour la transposition de l'accord ETF - CER (regroupant les principales centrales syndicales et patronales).
Ils nous garantissent les fondamentaux de ce métier si particulier.
Notre terrain de lutte porte sur les conditions sociales d'exercice de notre métier. Le statut des agents de conduite leur permet de partir à la retraite dès l'âge de 50 ans dans des conditions tout à fait acceptables.
Demain, les conducteurs du "privé" ne bénéficieront pas de ces mêmes avantages. C'est là que réside la principale distorsion vis à vis de la concurrence.
Si la SNCF nous propose des évolutions que nous jugeons fondamentalement mauvaises, il nous faut impérativement les rejeter. Mais il nous faudra en accepter certaines, quand elles porteront sur l'organisation du travail et de la fonction, en négociant les conditions dans lesquelles elles se feront. Combien de dossiers rejetés unanimement par les syndicats sont en applications aujourd'hui sans que nous n'en ayons tiré le moindre bénéfice ?
Tout le monde est contre la concurrence et le libéralisme, pourtant chaque jour nous les pratiquons dans nos gestes les plus quotidiens.
A nous de démontrer aux donneurs d'ordres (chargeurs, régions économiques,...) que dans le coût du transport, il n'y a pas que le seul salaire des cheminots, mais aussi une qualité de service et un haut niveau de sécurité qui sont les éléments les plus importants voire centraux qui peuvent emporter la décision.
Il est temps de sortir la tête du sable et d'inventer un autre syndicalisme. Les incantations ne suffisent pas. Il nous faut impérativement réformer nos pratiques syndicales.
Il ne s'agit pas de renoncement, mais de pragmatisme. Le progrès social s'acquiert de jour en jour, pas par le miracle "d'un grand soir" tant annoncé mais qui ne vient jamais. L'Histoire est là pour nous le rappeler.
Osons un syndicalisme novateur, constructif et de progrès qui sait engranger les acquis au fur et à mesure et qui agit pour le bien de tous...

Voilà des raisons d'espérer....

René Rousselot

 

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