Le FN l'extrème droite dossier FGTE sur le Front National

L'Extrêmedroite

Le cycle électoral qui s'achève a souligné la profondeur de la crise politique et sociale qui ronge notre pays.

Une abstention massive, la dispersion des votes, un discrédit des partis de gouvernement, une poussée de l'extrême-droite permettant à Le Pen de figurer au second tour de la présidentielle ; autant de signes révélateurs des attentes déçues d'une large fraction de la population.

Cela a créé une situation dangereuse pour les libertés démocratiques et les intérêts des salariés, tant le programme de haine et d'exclusion du Front National est antinomique des valeurs de solidarité et d'émancipation de notre syndicalisme. C'est la raison de l'appel de la CFDT à faire barrage à l'extrême droite.

Le choc du premier tour de la présidentielle n'a pas été effacé par les formidables mobilisations contre le Front National. Les élections législatives ne signifient pas le retour à la normale. La démocratie reste interpellée par l'enchaînement de ces événements et l'ampleur encore accrue de l'abstention. Le syndicalisme ne saurait s'exonérer de cette réflexion quand on sait que le candidat du Front National arrive en tête chez les ouvriers, les employés et les chômeurs et que l'abstention se recrute dans les mêmes couches de citoyens.

La FGTE CFDT entend prendre sa part dans cette réflexion et y associer ses adhérents, convaincue qu'il ne peut y avoir de démocratie sociale vivante sans démocratie politique solide. Il est urgent de réfléchir aux causes de l'émergence en France (et en Europe) d'idéologies populistes et fascisantes, de poursuivre le travail d'explication sur la réalité du "programme "porté par Le Pen et son parti, de développer notre action syndicale pour mieux répondre aux aspirations des salariés, retraités et chômeurs. C'est le sens de ce dossier.

Hervé ALEXANDRE
Claude DEBONS

Droite populistes et extrêmes en Europe

En dépit de contextes nationaux spécifiques, la forte progression de partis populistes dans plusieurs pays d'Europe rappelle ce qui s'est passé en France. En Autriche, le très réactionnaire FPO de Jorg Haider participe au pouvoir. En Italie, la coalition de Berlusconi, baptisée "Maison des libertés" s'appuie aussi sur l'Alliance Nationale, une formation "relookée" de l'extrême droite fasciste italienne et sur la très xénophobe Ligue du Nord. Aux Pays-bas, un parti populiste extrême vient d'entrer au sein du gouvernement d'un pays présenté jusqu'ici par tous les libéraux comme le modèle social de référence en Europe.
Dans chacun de ces pays, les politiques mises en œuvre sont édifiantes. Elles accélèrent la destruction du droit du travail, mettent en cause les droits des chômeurs et ceux des femmes (droit à la contraception et à l'avortement notamment). Les services publics sont en cours de démantèlement. Dans le même temps, en Italie par exemple, les législations et les contrôles en matière de transparence financière sont assouplis, on tend à amnistier les infractions commises. Les alliances de la droite et de l'extrême droite, élues parfois sur la prise en compte des besoins des plus démunis, ont toujours travaillé et travaillent toujours pour les plus riches. Les trois millions d'italiens qui ont manifesté le 23 mars 2002 à Rome l'ont compris. Il est utile aussi pour la France de le rappeler.

Front National

un programme antisocial

Le Pen se plait à dénoncer "l'ordre établi" et à se déclarer "en faveur des français modestes". ll emploie des formules qui cherchent à faire écho aux problèmes que se posent une partie des salariés.
Mais derrière ces déclarations démagogiques se cache la réalité d'un programme social et économique tout autre. Quelques exemples sont révélateurs du parti pris capitaliste libéral de son programme.

La solidarité malmenée

"L'impôt sur le revenu n'est pas un impôt juste" avait déclaré le délégué général du FN en 1997. "Il faut le supprimer en 5 ans" a proposé Le Pen pendant la campagne électorale. Il préconise une augmentation de la TVA sur la consommation. Rappelons d'abord que l'impôt sur le revenu est le seul impôt progressif de notre pays (ceux qui gagnent le plus paient un pourcentage plus élevé) mais qu'il n'est payé que par la moitié des ménages (ceux qui disposent des revenus les plus élevés). Sa suppression ne profiterait donc pas aux plus modestes. Par contre, l'augmentation de la TVA frapperait le pouvoir d'achat de tous, notamment des plus pauvres. De plus, l'impôt sur le revenu et les autres recettes fiscales de l'Etat servent à financer de multiples services publics accessibles à tous (éducation nationale, hôpitaux et système de soins, police et justice, infrastructures de transports...) et des mesures de redistribution sociale en faveur des plus démunis. Supprimer cette recette fiscale, c'est bien évidemment supprimer les dépenses qu'elle finançait. Ceux qui en pâtiraient le plus sont bien évidemment ceux qui n'aurait pas les moyens de se payer des services privés de remplacernent. Cela, Le PEN se garde bien de le dire.

Les droits sociaux déstabilisés

Le Front National a pendant longtemps dénoncé la sécurité sociale. Aujourd'hui, il prétend la défendre en dénonçant les coûts insupportables que feraient peser sur elle les étrangers. C'est totalement déformer la réalité : comportant une proportion d'actifs plus grande et ayant une consommation médicale plus faible que la population française, la population immigrée contribue en fait à améliorer l'équilibre financier de la sécurité sociale. Et dans quelques années, l'apport de l'immigration sera nécessaire si l'on veut équilibrer les régimes de retraite. Peu importe à Le Pen ces réalités, car son projet va bien au-delà. À côté de la création d'institutions sociales spécifiques - et discriminatoires - pour les étrangers, il propose de créer des institutions sociales à caractère privé, notamment pour les retraites et la maladie, venant en concurrence avec la sécurité sociale dont il promet la baisse des cotisations. Le système existant serait déstabilisé. L'introduction de la concurrence au sein des régimes sociaux empêcherait les péréquation financières que permet le système obligatoire pour tous. Seuls les risques de base resteraient couverts par la sécurité sociale ; les autres seraient à la charge des ménages. Ce recul des garanties collectives pénaliserait là aussi ceux qui ne disposent pas des ressources suffisantes pour avoir recours aux assurances privées.

Les profits préservés

Le Front National veut intensifier la politique d'exonération des "charges sociales" patronales, soit-disant pour favoriser l'embauche. Il reprend ainsi cette idée libérale à la mode - mais non démontrée - selon laquelle la baisse du coût du travail (salaires + cotisations) favoriserait l'emploi. C'est oublier que l'emploi c'est aussi les débouchés pour les produits des entreprises donc la capacité de consommation des salariés. C'est oublier aussi que les entreprises qui font des profits n'hésitent pas à licencier pour en faire davantage. En tout cas, avec de telles mesures, la sécurité sociale et les systèmes de retraite seraient déstabilisés par le manque à gagner. Le Front National est également favorable à la flexibilité du travail et considère que la baisse du temps de travail ne peut pas se faire avec le maintien des salaires: "il est mensonger et démagogique (!) de faire croire aux travailleurs, et surtout aux moins qualifiés donc aux moins payés, que l'on peut réduire le temps de travail sans réduire leur revenu" dit-il. Il veut supprimer la loi Aubry sur les 35 heures. On retrouve là le discours du patronat soucieux de ne pas écorner ses profits. Le Pen leur propose de les augmenter encore en multipliant les cadeaux fiscaux aux entreprises : allégement de cotisations, baisse de l'impôt sur les sociétés, suppression de la taxe professionnelle, suppression des prélèvements sur les plus-values boursières...

L'autarcie contre l'emploi

Le Front National propose de revenir au protectionnisme comme réponse au libéralisme sauvage. Il préconise l'augmentation des droits de douane sur tous les produits et le contingentement des importations ce qui conduirait à majorer le prix des produits consommés au détriment du pouvoir d'achat des citoyens. De telles mesures ne manqueraient pas de susciter des dispositifs de rétorsion de la part des autres pays ce qui limiterait nos exportations au détriment de l'emploi dans notre pays. Ce sont évidemment d'autres mesures qui sont nécessaires pour bâtir une Europe sociale et une mondialisation solidaire : maîtrise concertée des échanges, harmonisation dans le progrès des législations sociales en Europe, régulation des mouvements de capitaux, taxation de la spéculation...

Un programme inégalitaire

Ces quelques exemples illustrent bien la logique du programme du Front National. Loin de défendre "les petits contre les gros", il aggraverait les inégalités en favorisant les plus riches et en faisant supporter les conséquences aux plus modestes. En matière sociale, les entreprises seraient déchargées d'une grande partie de leur contribution qui serait reportée sur les ménages via la TVA. Qu'iraient donc faire les salariés dans cette galère si contraire à leurs intérêts ?

Claude DEBONS

Le FN et les syndicats

Le Front National a toujours été hostile aux syndicats de salariés français existants, dont la CFDT, jugés extrémistes et anti nationaux. Il ne fait pas bon être syndicaliste dans les entreprises dirigées par des militants ou sympathisants du Front National, car au nom de la "liberté syndicale", tous les moyens sont bons pour faire partir les intrus. Dans les quelques villes dirigées par des élus Front National, tout est fait pour "bâillonner" les syndicats, leur créer des difficultés de fonctionnement.

À Orange, les subventions municipales aux syndicats et associations ont été supprimées dès le premier mandat du maire. Dans tous les organismes dépendant de la ville, le personnel communal et celui des organismes parapublics comme les HLM sont soumis à de fortes pressions. La vie syndicale est paralysée, les méthodes s'apparentant à du harcèlement sont courantes, les dossiers juridiques en la matière sont très nombreux. À Orange toujours, la presse s'est récemment fait l'écho de l'expulsion des organisations syndicales de leurs locaux par le maire Front National, Jacques Bompard, et des manifestations pour s'y opposer. La CFDT était logée dans des locaux municipaux, une maisonnette un peu vétuste, mise en vente par la municipalité, qui a fini par trouver un acquéreur. La CFDT de ce fait expulsée, a alors été "relogée" dans un local syndical du syndicat FO des communaux, au 1er étage. L'escalier d'accès à ce local insalubre était tellement delàbré que plus personne n'y allait. L'accès vient d'ailleurs d'être interdit pour des raisons de sécurité (1). Quant à la CGT, logée dans des locaux communaux non loin du tribunal des prud'hommes, elle a été également expulsée récemment, après avoir subi comme la CFDT, des coupures intempestives et plus ou moins longues d'électricité, du fait du propriétaire. Impossible de tenir des permanences syndicales régulières faute de locaux syndicaux mais aussi de se réunir en l'absence de salles disponibles. Les Assemblées générales de l'Union locale CFDT ont dû se tenir à l'extérieur, sur des terrains privés ou sur d'autres communes. Les permanences doivent se tenir dans d'autres villes (Avignon pour la CFDT, Bollène pour la CGT). Le tribunal des prud'hommes lui-même, logé dans des locaux municipaux mis en vente, a failli être expulsé de la même façon en 1998. Mesure de rétorsion suite à l'invalidation des conseillers prud'hommes élus sur liste Front National ou pas, il aura fallu l'intervention du ministère de la justice pour mettre fin à l'opération.

Libertés et droits syndicaux ne font pas bon ménage avec les pratiques du FN, une fois ses élus au pouvoir. Le Front National n'aime que les syndicats à sa botte. En 1996, il a tenté de créer sa propre organisation syndicale dans plusieurs entreprises, à la RATP notamment, sous le sigle FN-RATP ! En 1997, des listes sous le sigle FN ont été déposées pour les élections prud'homales dans ses régions de plus grande influence. Ces tentatives d'implantation ont été invalidées par les tribunaux du fait de leur absence totale d'autonomie par rapport au parti politique à l'origine de leur création. Mais elles peuvent recommencer. Alors soyons tous vigilants pour nos libertés syndicales.

Hervé ALEXANDRE

(1) mais une action de solidarité régionale au sein de la CFDT vient de permettre de financer l'installation dans de nouveaux locaux de l'Union locale d'Orange.

Le racisme, un délit, pas une opinion

La xénophobie, le racisme, les discriminations, le rejet de l'autre, qu'il soit noir ou jaune, blanc ou beur, homme ou femme, jeune ou âge, valide ou handicapé, est intolérable et contraire aux valeurs de la CFDT. De plus, en droit français, le racisme est un délit. Tous ceux qui mettent en avant des critères de race à l'embauche, pour l'accès à un logement ou à des loisirs, ou se rendent coupables d'actes ou d'injures racistes peuvent être poursuivis. Les immigrés ne sont pas les seules victimes de ces pratiques discriminatoires, les "français d'outre-mer" ou les enfants français nés de parents étrangers en font un jour ou l'autre l'amère expérience. Le Front National contourne plus ou moins habilement la loi. Des expressions comme la "préférence nationale" en matière d'embauché, les petites annonces s'adressant aux "bleus blancs rouges" n'ont pas d'autre but. Cela n'empêche pas d'ailleurs certains patrons de pme/tpe, de l'artisanat ou de l'agriculture, parmi ceux très influencés par ces idées de recruter des immigrés clandestins...

ISA

Pour s'informer

Initiatives Syndicales Antifascistes est une association fondée en 1996. Elle regroupe un réseau de militants issus de la plupart des organisations syndicales françaises (dont la FGTE) ayant pour but de recueillir et analyser des informations sur les activités de l'extrême droite française dans les entreprises ou les administrations. Des colloques ont été organisés sur l'offensive syndicale du FN et du MNR, les infiltrations dans les syndicats, les agissements dans le monde universitaire et scolaire, les idées et les pratiques xénophobes de l'extrême droite, etc. Un bulletin d'information régulier est diffusé par abonnement au prix de 7,6 euros les 10 numéros). Ecrire à l'adresse mèl : visacom@club-intemet.frou à la FGTE qui transmettra.