Intervention commune des fédérations CGT, UNSA et CFDT lors du rassemblement du 17 novembre 2009 devant la CPC Voyageurs.

FEDERATIONS SYNDICALES DE CHEMINOTS CGT – UNSA – CFDT

Intervention commune des fédérations CGT, UNSA et CFDT lors du rassemblement du 17 novembre 2009 devant la CPC Voyageurs.

Cher(e)s camarades, Cher(e)s collègues,
Il y a plus de 4 ans, le 16 juin 2005, nombre de cheminots s’étaient déjà rassemblés au même endroit pour s’opposer à un projet de la direction VFE : le plan « ambition vendeur ». 600 manifestants étaient porteurs de 6000 signatures de pétitions refusant la disparition de 2330 emplois de vendeurs en 3 ans, s’opposant à la discrimination faites aux canaux de vente humanisés par rapport à Internet, refusant déjà le management agressif et culpabilisateur et revendiquant la majoration de la prime de travail par l’attribution du code prime 3.

Cette mobilisation avait permis de ralentir la suppression des postes de vente puisque les 2330 suppressions envisagées par la direction ont été divisées par deux et que les offres réservées au canal Internet ont été limitées. Par contre la direction n’a pas désarmé sur ses objectifs de productivité et les files d’attente devant les guichets n’ont pas diminué. Elle ne nous a pas écouté sur notre refus du management agressif et culpabilisateur en mettant en place la GIPEC et le commissionnement à l’acte et en refusant d’augmenter la prime de travail.

En 4 ans, les cheminots ont fait la difficile expérience de l’obstination des activités voyageurs a centrer leur mode de fonctionnement sur les résultats financiers en méprisant la réponse aux besoins réels des usagers, en dégradant les conditions de travail des cheminots, en générant une tension de plus en plus grande entre la production et l’encadrement des équipes.

En 2007, le gouvernement a voulu casser les différents régimes spéciaux de retraite et notamment celui des cheminots en l’alignant sur celui des fonctionnaires qu’il avait préalablement réformé en 2003. Entre parenthèses, le président de la SNCF de l’époque, Louis GALLOIS, s’était fendu d’une lettre à tous les cheminots pour leur expliquer qu’ils n’étaient pas concernés par la réforme de 2003 et qu’il était inutile qu’ils se mettent en grève pour s’opposer à la réforme des retraites des fonctionnaires. La mobilisation constante des cheminots en 1995, en 2003 et en 2007 a permis de limiter l’impact d’une réforme imposée par un gouvernement revanchard qui a pour obsession de casser les services publics et les garanties sociales des agents qui les font vivre au quotidien. Au titre des mesures de compensations de la réforme du régime spécial des cheminots, la SNCF a dû reconnaître les contraintes particulières liées à la continuité du service. Ainsi des mesures particulières ont été accordées à l’ensemble de la profession, notamment en progression de la rémunération avec la création d’un 10ème échelon et une majoration de la prime de travail.

Un recensement des métiers ayant un caractère de pénibilité s’est réalisé fin 2007 et début 2008 conduisant la SNCF à identifier 77 emplois repères ayant une pénibilité avérée soit la moitié des 162000 cheminots. Cependant, par dogmatisme, les directions des deux activités voyageurs ont refusé d’inscrire les métiers ressortant de la filière commerciale voyageurs gare en s’arc-boutant sur le fait que la relation avec les voyageurs n’est pas pénible. C’est le même entêtement qui explique le refus de la direction de reconnaître la nécessité de revaloriser la prime de travail à l’Exploitation, de modifier ses méthodes managériales, de faire progresser le nombre des agents dans les chantiers voyageurs pour répondre aux besoins grandissants des usagers et permettre l’amélioration des conditions de travail des cheminots.

Nous sommes en face d’une direction obstinée, politiquement engagée pour transformer notre entreprise de service public en une entreprise de services marchands. Elle semble confiante dans ses modes de management issus du privé et dont nous mesurons chaque jour les ravages sur la santé psychique des salariés. Elle ne tient aucun compte des remontées du terrain et des mises en garde des représentants du personnel. Cette attitude nous a conduit à décider de l’organisation de cette initiative revendicative.

Grâce à votre engagement pour préparer cette initiative et avec l’appui de votre présence à ce rassemblement, nous allons pouvoir interpeller directement les responsables de la stratégie des 3 branches où s’exercent au quotidien les métiers de la filière commerciale voyageurs. Nous allons leur demander des réponses précises et des engagements pour répondre aux 4 revendications portées par la pétition et l’appel commun des organisations syndicales.

1. Reconnaissance de la pénibilité des métiers pour l’Escale et la vente Ces cheminots sont exposés au travail décalé, 7 jours sur 7, à l’extérieur pour l’escale, aux difficultés de la relation avec les voyageurs lors des situations perturbées, de l’affluence dans les trains ou dans les files d’attentes. Les agents commerciaux gare sont de plus en plus incorporés dans des équipes mixtes comprenant des agents de la filière Transport mouvement et des agents commerciaux trains. Ces deux filières ont eu la reconnaissance de la pénibilité pour l’exercice des fonctions de sécurité pour la première et pour la particularité du travail dans les trains pour la seconde. La non reconnaissance de la pénibilité pour les agents commerciaux des gares est donc vécue comme une injustice par ces agents qui sont, en plus de leurs conditions de travail difficiles, harcelés pour atteindre des objectifs quantitatifs et qualitatifs par un mode de management agressif et infantilisant.

La direction nous a annoncé qu’elle engageait un processus d‘examen des 14 emplois repères à pénibilité potentielle lors d’une première réunion de la Commission Fonctionnelle HSCT commerciale le 03 décembre prochain. Il a fallu 2 ans, pendant lesquels les organisations syndicales n’ont eu de cesse de demander ce débat, pour qu’enfin la direction sorte de sa négation de la pénibilité pour les agents commerciaux des gares !

Nous allons exiger des engagements sur le calendrier pour éviter que le débat dans la CFHSCT ne s’éternise. Chaque jour des agents de la filière commerciale voyageurs partent en retraite sans que la reconnaissance de la pénibilité des métiers qu’ils ont exercé, parfois en 3x8, ne soit reconnue. Cette décision est inadmissible !

2. Revalorisation de la prime de travail pour tous les agents de l’exploitation (hors filière Transport Mouvement). Nous demandons l’attribution du code prime 3, qui représenterait une progression annuelle de l’ordre de 560€ en moyenne pour un agent d’exécution. Avec la reconnaissance de la pénibilité, cette somme passerait à 740€ pour 20 ans de pénibilité reconnue et 860€ pour 25 ans.

Pour mémoire, le montant moyen des sommes versées aux vendeurs était de 219€ pour la GIPEC et 134€ pour le commissionnement à l’acte en 2008. Contrairement aux primes versées pour l’atteinte des objectifs fixés par la direction, la prime de travail est pérenne, compte pour la retraite et pour le calcul de la prime de réserve.

Après avoir longtemps résisté, la direction laisse entrevoir la possibilité de revalorisation de la prime de travail. Nous allons exiger un engagement sur une revalorisation de la prime de travail avec pour finalité l’accès à la valeur du code prime 3 ou 62 comme il a été obtenu par la lutte en 2001 pour les agents de la filière Transport Mouvement

3. Arrêt d’une politique de management agressif et culpabilisateur. En lien avec l’atteinte des objectifs en termes de chiffre d’affaire ou de charge de travail, la direction met en place un management pyramidal pervers où chacun fixe des objectifs et contrôle leur réalisation. C’est ce type de fonctionnement qui déshumanise les relations de travail puisque la valeur du travail des salariés n’est pas reconnue par le professionnalisme, mais par l’atteinte d’objectifs fixés unilatéralement par la hiérarchie. Ce type de relation managériale produit du stress, de la souffrance au travail génératrice de troubles et de maladies et peut conduire jusqu’au suicide des salariés. Oui, ce qui se passe actuellement à France Télécom n’est pas un cas isolé !

Si la direction reconnaît que des dérapages existent, elle refuse de remettre en cause son système de management par objectifs. Là encore, l’action collective des cheminots doit réformer ce type de management qui induit de la souffrance au travail pour tous les maillon de la chaîne de production.

4. Maintien d’Établissements Exploitation transverses. Après la création des structures dédiées au Fret, la direction prend le prétexte de la création des Etablissements Infra Circulation (EIC) pour spécialiser les EEx. Elle souhaite transformer les établissements exploitation qui, historiquement travaillaient pour le transport des voyageurs et des marchandises, en établissement multi métiers, mono activité. Différents projets de création d’établissements TER regroupant les agents d’exploitation, les ADC et les ASCT spécialisés sur des roulements dédiés à cette seule activité, voient le jour dans plusieurs régions. A l’occasion, la SNCF fait coller le périmètre de ces nouveaux établissements dédiés au territoire géographique de la région administrative qui est l’autorité organisatrice pour le TER. Ainsi, la SNCF serait prête pour répondre aux éventuels appels d’offre en cas de modification de la LOTI.

Cette dédicace d’agents à une seule activité nuit à l’efficacité du service public, entraîne de la monotonie dans le travail, l’enfermement professionnel. Ces réorganisations fragilisent un peu plus l’entreprise intégrée et le statut des cheminots.

Les activités voyageurs refusent de s’inscrire dans un débat sur ce sujet en se retranchant derrière des décisions d’entreprises comme « ambition 2012 » ou « simplifier la SNCF ». Les cheminots refusent l’éclatement de leur entreprise de service public. D’ailleurs, ils l’ont démontré à nombreuses reprises dans les actions interprofessionnelles ou propres à leur entreprise ces derniers mois. L’exemple de la séparation du fret du reste de la SNCF et des multiples réorganisations de sa production est éclairant sur les ravages du cloisonnement par activité et du pilotage par la loi du chiffre d’affaire. Le projet de création d’une Direction Circulation Ferroviaire et de 21 Etablissement Infra Circulation le 1er janvier 2010 est un second coup porté à l’entreprise intégrée. Au nom de l’indépendance et de la transparence pour les entreprises concurrentes de la SNCF, le gouvernement et la SNCF fragilisent la cohérence de l’entreprise historique de service public de transport ferroviaire. Le débat actuel sur la propriété et la gestion des gares voyageurs est le prélude à un nouveau projet d’éclatement pour les agents du périmètre de l’escale voyageurs.

Incontestablement d’autres rendez-vous revendicatifs seront nécessaires tant au niveau local et régional pour défendre l’emploi, les conditions de travail et une meilleure organisation de la production, qu’au niveau national et interprofessionnel pour imposer d’autres choix de société.

La manifestation nationale des cheminots, le 08 décembre prochain sera une nouvelle étape de mobilisation pour demander la progression de l’emploi à statut, l’arrêt des réorganisations néfastes pour le service public, l’augmentation du pouvoir d’achat des cheminots actifs et retraites.

Je vous remercie de votre attention.

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