Point sur la situation de SEAFRANCE 21 Août 2009

SEAFRANCE Filiale 100% SNCF doit rester sous pavillon SNCF!

Point sur la situation de SEAFRANCE 21 Août 2009

Seafrance, unique compagnie maritime Française présen-te sur le détroit du Pas de Calais entre la Manche et la Mer du Nord, filiale à 100% de la SNCF, fait couler beaucoup d'encre depuis quelques mois. Bien malgré elle et ses salariés à 70% adhérents CFDT.

Comme la plupart des entreprises de transport, Seafrance subit de plein fouet la crise économique. Confrontée à cette situation, la CFDT comprenait bien que des mesures d'adaptation pouvaient être envisagées. Mais, le problème, c'est que les solutions proposées par Pierre FA, le nou-veau Président du Directoire, apparaissent, aux yeux des représentants du Syndicat Maritime Nord CFDT comme totalement disproportionnées.

Quelles sont-elles ?

Après deux projets de budget 2009 rejetés par le Conseil de Surveillance de Seafrance pour cause de trésorerie prévisionnelle négative, Pierre Fa, bien que n'ayant pas réussi à faire adopter son 3ème plan de redressement, l'a tout de même présenté au Comité d'Entreprise et aux Or-ganisations Syndicales.

Ce plan rétrograde prévoit :

  • Une flotte composée de seulement 3 car-ferries. Contre

3 ferries et 2 fréteurs actuellement.

  • Un nombre de traversées très réduit.
  • Un sureffectif de 650 équivalents temps plein.

Le Directeur justifie ces annonces, aussi excessives que brutales, par le résultat très dégradé de l'exercice 2008 qui affiche un déficit de 20 Millions €.

Or, ce résultat est en grande partie, lié à une accumulation de problèmes non récurrents :

  • Une grève de l'Intersyndicale CGT/CGC des officiers de

3 semaines en mars qui a paralysé toute la flotte.

  • Une avarie importante sur une ligne d'arbre immobilise

le Rodin 4 semaines.

  • Plus d'un mois et demi de retard sur la livraison du Mo-lière. Navire acheté à Veolia et transformé à Dunkerque qui aurait du entrer en service le 3 juillet 2008.

A eux seuls, ces trois éléments ont coûté prés de 20 M€ à Seafrance.

D'autres facteurs sont à considérer et à prendre encore en compte pour 2009.

  • Le coût du combustible.
  • La chute du cours de la Livre Sterling.
  • Les effets de la crise qui se font sentir dès le début du

second semestre 2008.

  • A noter que l'incendie du tunnel du 11 septembre

2008, a permis de redresser un peu la situation. Seafrance n'est pas structurellement déficitaire:

Elle l'a prouvé en 2006 et 2007 en gagnant respective-ment 8 et 15 Millions € !

Les effets d'annonce utilisés par la Direction n'ont pas eu les résultats espérés. Leur but était de faire peur au personnel de l'entreprise pour, sans aucun doute, les entrainer dans une grève qui, du coup, aurait aggravé les résultats et justifié les projets de redressement pro-posés par Mr Fa.

Mais, les responsables, les délégués et les adhérents CFDT ont su faire garder leur calme aux salariés de Seafrance. (A la grande stupéfaction de la direction et de certains élus locaux !). Par contre, comme il fallait s'y attendre, dès que certains aigrefins ont eu vent des pro-blèmes rencontrés par Seafrance, ils se sont rapidement portés acquéreurs. Louis-Dreyfus Lines en tête. Lui qui vient concurrencer Seafrance depuis le 12 février 2009, sur la ligne Boulogne / Douvres avec des navires finan-cés par le Conseil Général de Seine Maritime, et qui compte les remplacer au mois de juillet 2009 par un na-vire dont l'équipage est constitué de marins Portugais et Polonais!

Alors, où en sommes nous aujourd'hui ?

Une expertise comptable des comptes 2008 et du prévi-sionnel 2009 a été réalisée. Le Cabinet Sécafi Alpha a présenté son rapport en réunion de Comité d'Entrepri-se, le 26 mars 2009. En voici un compte rendu résumé:

Ce rapport va dans le sens de ce que dit la CFDT depuis la publication des comptes de Seafrance :

Année 2008 : la dégradation de la situation financière et l'assèchement de la trésorerie de Seafrance s'expliquent par plusieurs facteurs. En externe, la crise économique (fluctuations brutales de la Livre et du pétrole, dégrada-tion des trafics à partir de mai). En interne, la grève de l'intersyndicale officiers, les pro-blèmes techniques du Rodin le retard dans la transfor-mation du Molière (au total =14,3 M€), l'alourdissement prévisible de la charge navale.

Les besoins de financement liés au renouvellement de la flotte ont exercé une pression sur les résultats et fragi-lisé la structure financière de Seafrance.

Selon l'expert, cette fragilisation ne doit pas masquer les atouts de Seafrance pour qu'elle soit au rendez-vous de la sortie de crise.

Il confirme que hors éléments exceptionnels, (grève, Ro-din, Molière), l'exercice 2008 aurait été équilibré voir béné-ficiaire.

Année 2009 : le rap-port contredit plusieurs points du plan de re-dressement de la di-rection comme :

Une approche pessi-miste sur la durée de la crise.

Une hypothèse de trafic 2009 sans reprise en fin de pério-de. Avec, au contraire une nouvelle dégradation calquée sur celle de 2008 ! Le très bon début d'année 2009 en terme de trafic est d'ailleurs significatif !

L'expert précise que les prochains mois sont ceux de la montée en activité et que les simulations de perspectives de marché pourraient être meilleures que celles budgé-tées. Une structure financière non crédible qui devra être restaurée. Le rapport préconise par ailleurs, la préserva-tion des capacités et des compétences pour saisir les op-portunités et être au rendez-vous de la sortie de crise. Il dit aussi que limiter la flotte à 3 navires est pour le moins :

Commercialement discutable : (les traversées n'ont pas toutes la même pertinence commerciale selon l'heure où elles se font).

Techniquement peu durable : les navires vont souffrir. (Risques d'avaries).

Economiquement discutable.

Pour préserver les ressources navales et humaines, l'ex-pertise préconise : l'utilisation du stock de congés, les ac-tions de formation, le recours au chômage partiel, l'adapta-tion des journées d'emploi , l'ajustement de l'offre, la sé-lectivité des dépenses d'entretien, les modalités d'exploita-tion...

L'alourdissement de la charge navale doit aussi être prise en compte, par exemple par un allègement de la pression financière (abandon de créances avec clause de retour à meilleure fortune, apports en capital...).

Les modalités de restructuration de la dette et du renforce-ment des fonds propres doivent aussi être précisées. L'expert conclut en rappelant les réels atouts de Seafran-ce : positionnement sur le détroit avec de belles parts de marché, une flotte rajeunie, une qualité de service recon-nue qui se matérialise par une actuelle bonne résistance. La CFDT le répète : LE TABLEAU N'EST PAS SI NOIR!

Le cabinet Sécafi Alpha a été mandaté par le comité d'en-treprise, à l'initiative de la CFDT, pour chiffrer un nouveau budget 2009 sur la base de propositions et hypothèses de trafic présentées par les syndicats.

Il rend un nouveau rapport le 27 avril 2009.

Les divers scénarios dont les deux CFDT ont donc été présentés par le Cabinet Sécafi-Alpha :

 

Résultat en

M€ 2009

Résultat en

M€ 2010

Résultat en

M€ 2011

Résultat en

M€ 2012

Plan Direction Seafrance

-33,8 M€

+0,3 M€

+2,5 M€

+4,3 M€

CGT

-32,7 M€

-6,2 M€

-1,6 M€

+3,7 M€

Hypothèse Basse CFDT

-18,5 M€

-3,5 M€

-0,1 M€

+7,3 M€

Hypothèse CFDT Plus réaliste

-11,1 M€

-3,6 M€

+4,9 M€

+10,3 M€

Les propositions CFDT sont connues et détaillées dans un courrier adressé à Guillaume Pepy, Président de la SNCF, le 17 mars dernier : Une baisse des coefficients de 0,25 sur un an puis une remontée de 0,15 de ces derniers.

S'ajoute à cela un gain d'une cinquantaine d'ADSG (marins du service hôtelier) et des aménagements mo-dérés chez les sédentaires.

Les propositions de la CFDT sont équitables, solidaires tout en étant réalistes.

En contrepartie, la CFDT pose un certain nombre de conditions sans lesquelles elle ne négociera pas !

De son côté, la CGT n'hésite pas à faire porter l'effort de toute l'entreprise, uniquement sur les ADSG (service hôtelier) en les mettant, en grande partie, en binaire sans expliquer comment le travail de ce service pourra continuer à se faire avec une telle saignée !

A noter que même s'il n'y avait pas eu la crise et que Sea-france ait maintenu une flotte à cinq navires, l'année 2009 aurait eu 120 équivalents temps plein en moins par rapport à 2008 et ce, en raison des effectifs supplémentaires géné-rés par le Molière , le Rodin et l'incendie du tunnel. Le fait de garder le Cézanne en réserve est aussi une garantie pour l'emploi. Il est heureux que la CFDT seule à le deman-der au début, soit rejointe maintenant par l'ensemble des Organisations Syndicales !

Pour résumer, il est illusoire de tenter de faire croire à la majorité des salariés que Seafrance pourrait s'en sortir en faisant porter uniquement les efforts sur un seul service.

Une telle hypothèse ne serait pas crédible auprès de la SNCF alors que la concurrence low-cost de Dreyfus rame-née par le Président de Région (qui, parait-il veut aider Seafrance...), va encore tirer les conditions vers le bas. Le 30 avril, se tient une réunion ordinaire de CE au cours de laquelle l'ensemble des représentants du personnel refuse de donner un avis sur la dénonciation des accords d'entreprise. Le 28 mai nouvelle réunion du CE. La déléga-tion CFDT quitte la réunion car l'ordre du jour a été établi unilatéralement par Pierre Fa, Président du CE. Les repré-sentants de l'intersyndicale officiers (CGT/CGC), des ma-rins CGT et des sédentaires CFTC, restent.

L'élu officier (CGT), donne un avis (défavorable) sur le plan de redressement, la dénonciation des accords et des usa-ges d'entreprise !

Peu après, dans un communiqué, le Président de Seafran-ce se réjouit de cette décision que nous qualifierons de trahison, et lance la procédure de redressement !!

Deux jours plus tard, les salariés de Seafrance reçoivent à leur domicile, un courrier recommandé avec AR leur préci-sant la liste des usages qui viennent d'être supprimés. (Prime de vacances, cave commandant...plus grave : la subrogation en cas de maladie).

Depuis, grâce aux bons résultats enregistrés depuis le dé-but de l'année, le fréteur « Seafrance Nord Pas de Calais » a été maintenu en flotte, ce qui a fait l'objet d'un nouveau plan de redressement modifié.

Des négociations sont actuellement en cours sur les condi-tions d'armement de ce navire qui serait exploité à 4 ou 6 traversées par jours 6 jours sur 7. Au lieu de 10 traversées par jour actuellement.

Cette mesure ramène le sureffectif à 543 au lieu de 650 dans le plan précédent.

Le 15 juin 2009 s'est tenue, au siège de la SNCF, une table ronde. La SNCF était représentée par David Azéma, Direc-teur Général Délégué, le Directoire de Seafrance était au complet et les organisations syndicales (CGT, CFDT, CGC, CFTC) étaient bien entendu présentes.

Pour la CFDT cette réunion peut se résumer en quelques mots:

le but de la direction était manifestement d'en « remettre une couche » sur les risques encourus par l'entreprise si rien n'est fait...d'ici la fin de l'année. Alors même que les prévisions ubuesques de Mr Fa d'une perte d'exploitation

de plus de 60 millions d'€ n'ont heureusement, aucune chance de se réaliser.

Mr David Azéma a d'autre part, assuré une nouvelle fois, que la SNCF a soutenu et soutiendra Seafrance. Il a également déclaré qu'un espace existe entre le souhai-table et le possible. La CFDT a quant à elle, confirmé qu'elle était prête, comme à son habitude, à entamer undialogue constructif.

Aujourd'hui, la CFDT maintient les propositions fai-tes le 17 mars dernier avec les mêmes conditions. Elle réaffirme que le plan de la direction, même mo-difié, est totalement disproportionné pour une entre-prise structurellement viable!

La réunion n°1 de la procédure de licen-ciement collectif pour motif écono-mique découlant du projet de réor-ganisation de l'en-treprise s'est tenue le 12 août 2009.

Le CE a décidé de se faire à nouveau, assister par les experts comptables de Sécafi Alpha. La réunion n°2 aura donc lieu début septembre 2009.

François Le Gall.

Depuis la rédaction de cet article le dossier a évo-lué SEAFRANCE annonce que le plan social est engagé, avec 543 suppressions de postes, la SNCF s'engage à reclasser 413 emplois dans la région Nord et l'ile de France. La SNCF a évoqué la recapitalisation de SEA-FRANCE à hauteur de 70 millions d'€ pour redres-ser l'activité de l'entreprise après accord de Bruxelles.

Il n'en demeure pas moins que derrière les chiffres et les bilans ce profile un réalité douloureuse pour des salariés qui vont traverser les épreuves de la mobilité pour conserver un emploi et pour d'autres la réalité du chômage.

N'oublions par que sur 1580 salariés 543 emplois seront supprimés!

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